Les 100 derniers jours de la guerre

La participation du Canada à la Première Guerre mondiale est devenue stratégique et cruciale à la victoire. Son rôle de « troupes de choc » durant les « 100 derniers jours », l’évolution de sa conduite de la guerre et les actes de bravoure de ses soldats « ordinaires » ont mené à l’armistice du 11 novembre 1918, bien qu’au coût accablant de centaines de vies. (L’expression « troupes de choc » est une traduction littérale du mot allemand Stoßtrupp utilisé pour décrire des troupes extrêmement mobiles envoyées en renfort aux points de batailles critiques pour effectuer une attaque rapide et solide.)

Que s’est-il passé?

Chronologie des étapes importantes pour les Canadiens durant la Première Guerre mondiale.

1915

  • Décembre 1915 – Le médecin militaire John McCrae écrit le célèbre poème « Au Champ d’honneur » pour pleurer un ami tué au combat. Publié pour la première fois dans la revue Punch.
  • Avril à mai 1915 – La deuxième bataille d’Ypres : Première bataille importante à laquelle participent les Canadiens. C’est sur ce champ de bataille que les Allemands utilisent le chlore gazeux pour la première fois, forçant les troupes alliées à se replier. Les Canadiens tiennent bon et freinent la progression des Allemands. Les troupes canadiennes acquièrent ainsi la réputation de « troupes tenaces ».
  • Mai 1915 – La bataille de Festubert : Les Allemands maintiennent leur avance sur le terrain. Les Canadiens ont très peu de temps pour se préparer et la carte qu’ils ont reçue pour planifier l’assaut n’est pas conforme à la réalité. Cette bataille démontre l’importance de la reconnaissance et de la préparation.

1916

  • Avril 1916 – La bataille de Saint-Éloi : On remet des casques aux troupes britanniques et canadiennes. Cette innovation permet de réduire le nombre de blessures à la tête causées par les éclats d’obus, responsables de plusieurs décès.
  • Juin 1916 – La bataille du mont Sorrel : Près de la ville d’Ypres, les Allemands attaquent la 3e Division du Corps canadien avec de l’artillerie lourde. Les Canadiens contre-attaquent, coordonnant artillerie et infanterie, et gagnent la position, mais à un coût élevé.
  • Le 15 septembre, près de Courcelette, le 22e Bataillon apprend qu’il participera à l’attaque quelques heures seulement avant le signal. Le Bataillon avance avec le 25e Bataillon de la Nouvelle-Écosse. Le 22e prend Courcelette et tient sa position pendant trois jours sous le feu ennemi. Les corps-à-corps violents à la baïonnette sont nombreux. Bien que le 22e Bataillon perde plus de 200 hommes pendant la bataille, il fait des centaines de prisonniers allemands.
  • De février à décembre 1916 – La bataille de Verdun : Commence au moment où les Allemands testent la guerre d’usure. Leur objectif est de « saigner à blanc l’armée française » en forçant les soldats à attaquer à répétition une zone à valeur symbolique que l’on transformerait en « hachoir à viande ». À la fin du combat (le 19 décembre), environ 150 000 hommes sont tués de part et d’autre.
  • Juillet à novembre 1916 – La bataille de la Somme : Déclenchée par les Britanniques dans le but de réduire la pression sur les Français à Verdun. D’une durée d’environ quatre mois, la Somme est l’une des batailles les plus sanglantes jamais livrées : 20 000 soldats britanniques sont tués dès le premier jour.
  • Lorsque la campagne de la Somme s’essouffle, on compte 200 000 morts de part et d’autre (24 029 Canadiens tués en deux mois de combat).
  • Les batailles de Verdun et de la Somme causent près de deux millions de pertes humaines.

1917

  • Début 1917 – Le Corps canadien est chargé de s’emparer de la crête de Vimy. Les troupes françaises et britanniques avaient tenté d’y parvenir à plusieurs reprises, mais sans succès.
  • Les Canadiens doivent mettre en application les leçons apprises durant leurs expériences de combat et celles de leurs alliés pour planifier soigneusement une opération qui leur permettrait de réussir.
  • Les bataillons d’infanterie d’assaut doivent repérer l’ennemi. Pour la toute première fois, en plus des officiers, tous les soldats reçoivent des instructions détaillées relativement à leurs objectifs.
  • On imprime et distribue aux Canadiens 40 000 cartes de tranchée.
  • Le « barrage roulant » est une manière de coordonner les tirs d’artillerie visant à créer un « mur d’acier » qui avance lentement à un rythme prévisible, devant les troupes qui avancent. Les soldats pratiquent leur cadence pour être parfaitement coordonnés avec le barrage d’artillerie. Ce rythme d’avancement est maintenant connu comme la « coulée de Vimy ».
  • Les préparations en vue d’attaquer Vimy comprennent des excavations souterraines de grande envergure. Il faut placer de grandes quantités d’explosifs dans des « mines » au bout de ces tunnels souterrains, sous la position de l’ennemi ou à côté. Ils doivent exploser juste avant le début de l’attaque. En détonnant, les explosions détruisent une partie des tranchées de l’ennemi et les troupes d’attaques se précipitent dans le trou créé.
  • La reconnaissance aérienne aide à repérer les emplacements vitaux des ennemis. Les positions des artilleries et des systèmes de tranchée des Allemands sont localisées et détruites en grande partie avant l’arrivée de l’infanterie grâce à l’étroite coordination entre les pilotes et les artilleurs. Les avions et l’idée que les humains puissent voler n’avaient été rendus possibles que 14 ans auparavant par les frères Wright!
  • Les Américains se joignent au combat pour répliquer aux Allemands qui font couler leurs navires. Leur aide fait pencher la balance en faveur des alliés; au début de 1918, 10 000 hommes arrivent chaque jour en provenance des États-Unis.
  • Comme le nombre de pertes augmente outre-mer, le premier ministre du Canada, Robert Borden, fait pression en faveur de la conscription pour pallier le manque de recrues et ainsi grossir les rangs du Corps canadien. Durant un an, le Canada s’emporte dans un débat houleux qui déclenche des élections et provoque des émeutes. C’est au cours de ces débats que certaines Canadiennes obtiennent finalement le droit de voter.
  • Avril 1917: Pour la première fois, les quatre divisions canadiennes combattent côte à côte. Désirant éviter une répétition du carnage de la Somme, le Canadien Arthur Currie planifie minutieusement l’attaque. Une excellente préparation permet la prise de Vimy sous contrôle allemand depuis 1914. Le 22e Bataillon élimine les derniers points de résistance ennemie, perdant une centaine d’hommes en quelques jours.
  • Pour la première fois, les Canadiens sont dirigés par l’un des leurs : le lieutenant-général Arthur Currie. En s’emparant d’une hauteur stratégique près de la ville de Lens, le Corps expéditionnaire canadien arrive à saisir un territoire considérable en plus d’infliger de lourdes pertes aux Allemands, mais 9 198 Canadiens sont tués ou blessés pour y parvenir.
  • Juillet 1917 – La bataille de Passchendaele, aussi appelée la « troisième bataille d’Ypres », est déclenchée par les Britanniques en juillet pour prendre le contrôle des ports côtiers belges et devient rapidement synonyme de « boue ». L’eau et la boue compliquent et ralentissent sérieusement le combat. L’offensive en est presque au point mort en octobre lorsque les Canadiens, maintenant perçus comme des troupes de choc, reçoivent l’ordre d’en finir. Après des semaines à combattre dans la boue jusqu’à la taille, ils réussissent à s’emparer de Passchendaele, un village stratégique qui domine le saillant d’Ypres.
  • Le coût est élevé : 15 654 pertes canadiennes et au total 500 000 morts ou blessés pour les Allemands et les Britanniques réunis.
  • Les pertes sont similaires pour les deux camps : 275 000 pour les forces alliées et 220 000 pour les Allemands. Ces derniers ont davantage de difficulté à s’en remettre, étant donné que les États-Unis viennent de se joindre à l’alliance, et que leurs effectifs sont sur le point d’arriver.
  • Août 1917 – Côte 70 : Dirigé pour la première fois par un commandant canadien, le général Arthur Currie, le Corps canadien s’empare de la côte 70, en France. En une seule journée, 1 056 Canadiens sont morts, 2 432 blessés et 39 faits prisonniers. À la fin, 9 000 Canadiens ont été tués ou blessés, et approximativement 25 000 Allemands ont été tués ou blessés. On a remis six Croix de Victoria.
  • La bataille d’Amiens a été un assaut surprise réussi mené par les Canadiens et les Australiens en tant que « troupes de choc ». Cette bataille marque le début de la fin pour les troupes allemandes.
  • La ligne Hindenburg est une position défensive tenue par les Allemands. Des fortifications défensives sont construites à l’hiver 1916 avec du béton, de l’acier et des barbelés. Ce moyen de défense fait plusieurs kilomètres de l’avant à l’arrière. La ligne a été brisée en septembre 1918.
  • Après la chute du Tsar, le gouvernement russe bolchevique signe un traité de paix qui met fin à la guerre sur le front occidental, permettant aux Allemands de transférer un million d’hommes aux combats en France et en Flandre.
  • En tentant de gagner la guerre avant l’arrivée en force des Américains, l’Allemagne lance une série d’attaques qui lui assurent la plus forte avancée jamais vue sur le front occidental depuis 1914, d’un côté comme de l’autre. La panique initiale fait place à une ferme détermination et à des contre-attaques des alliés. L’Allemagne est incapable de ravitailler ses troupes en progression, et certains soldats commencent à mourir de faim. Exténués, exposés et incapables de remplacer leurs pertes, les Allemands perdent leur pari. Les Canadiens, qui ne participent pas à ce combat, défendent la ligne ailleurs.

1918

  • C’est le Corps canadien qui mène l’attaque des alliés, laquelle mettrait fin à la guerre. Après avoir attaqué Amiens, le 8 août, et avancé de 20 km en trois jours, les troupes canadiennes obtiennent des résultats spectaculaires, perçant notamment la célèbre ligne Drocourt-Quéant. Le commandant de l’armée allemande parlerait du 8 août comme : « du jour noir de l’armée allemande ».
  • Le général Currie imagine un plan audacieux en vue d’attaquer les dernières positions défensives importantes des Allemands à la ligne Hindenburg. Au Canal du Nord, les 100 000 hommes qui composent le Corps canadien se frayent un chemin dans une brèche d’à peine un kilomètre et écrasent les Allemands.
  • L’armistice et la fin de la Première Guerre mondiale: 619 636 hommes ont servi au sein du Corps expéditionnaire canadien, dont 424 589 outre-mer. De ce nombre, 172 950 soldats ont été blessés, 3 842 sont faits prisonniers et 66 665 sont tués, totalisant des pertes de 57 % pour leur service outre-mer.
  • Le palmarès de guerre du Canada lui vaut le privilège d’apposer séparément sa signature sur le Traité de Versailles, confirmant on statut sur la scène internationale. Ce statut a été acquis grâce aux sacrifices des braves hommes du Corps expéditionnaire canadien.
Les 100 derniers jours? Plutôt 96.

 

Entre le 8 août 1918 et le 11 novembre 1918, les forces alliées ont mené une série d’attaques victorieuses sur le front de l’ouest. Le Corps expéditionnaire canadien a grandement contribué à ce dernier effort et l’événement a été surnommé « les 100 derniers jours de la guerre ».

Les troupes allemandes ont été repoussées d’Amiens, en France, jusqu’à Mons, en Belgique, en moins de 100 jours grâce à une force d’infanterie rapide supportée par des chars d’assaut, des avions et une artillerie bien coordonnée. Les troupes allemandes ont battu en retraite, incapables de riposter et leur moral s’est progressivement empiré.

Le 11 novembre, à 11h00, l’armistice est signé et les combats ont cessé. Il a fallu six mois avant de finir les négociations pour le traité de paix. Le traité de Versailles a été signé le 28 juin 1919.

Une journée dans la vie d’un soldat

La guerre sur le front ouest était faite dans les tranchées – des fossés longs, étroits, profonds et boueux. L’infanterie canadienne effectuait des rotations entre l’intérieur et l’extérieur des tranchées, étant donné que c’était l’endroit le plus dangereux au monde où l’on pouvait se trouver, en plus d’être incroyablement inconfortable. Les soldats vivaient avec de la vermine comme des rats, des puces, des vers et des mouches, ce qui présentait un risque sérieux pour la santé. Les tranchées étaient aussi constamment à la merci de la météo. Voici ce à quoi ressemblait une journée typique pour les soldats.

Un survol des uniformes

Chaque soldat transportait avec lui un minimum de 60 livres d’équipement. En plus de tout cela, le poids de la boue accumulée sur les uniformes ajoutait un autre 60 livres.

Les soldats du Corps expéditionnaire canadien portaient tous le même uniforme kaki fait en laine épaisse. Porter des couleurs sobres était une bonne façon de se camoufler sur le champ de bataille.

Les uniformes des officiers comme celui-ci étaient légèrement différents de ceux portés par les soldats. Les officiers portaient une chemise et une cravate sous une veste à col ouvert. Les pantalons n’avaient pas une coupe droite. Ils étaient plus larges autour des cuisses et plus serrés au niveau des mollets. Les officiers étaient aussi autorisés à avoir certains objets sur eux, comme un sifflet, une caméra ou un pistolet.

Qu’est-ce qu’un officier?

Un officier a un large éventail de responsabilités, telles que préparer les plans et être en charge de l’exécution des opérations et activités quotidiennes. Les officiers sont aux commandes, donc ils donnent des ordres et guident les soldats dans l’atteinte des objectifs.

Deux membres du 22e Bataillon reçoivent la Croix de Victoria

Caporal Joseph Kaeble

Né le 5 mai 1892, Joseph Kaeble s’enrôle dans le 189e Bataillon le 20 mars 1916. Le 13 novembre 1916, lors des préparatifs pour l’attaque de la Crête de Vimy (France), il est transféré au 22e Bataillon.

Le 16 septembre 1918, le gouvernement lui décerne, à titre posthume, la Croix de Victoria.

Lieutenant Jean Brillant

Né le 15 mars 1890, Jean Brillant fait d’abord des études au Collège Saint-Joseph de Memramcook (Nouveau-Brunswick), qu’il termine ensuite au Séminaire de Rimouski.

Il s’enrôle dans le 189e Bataillon le 11 janvier 1916.

Il s’est comporté en véritable héros durant la bataille qui a eu lieu à l’ouest de Neuville-Vitasse (France), dans la nuit du 8 au 9 juin 1918. À cette occasion, il fit preuve de zèle dans l’accomplissement de son devoir, alors qu’il commandait une section de mitrailleuses dans la première ligne de tranchées et sur laquelle fut tenté un puissant raid par l’ennemi. Tous les hommes de sa section ayant été blessés, le caporal Kaeble bondit hors de la tranchée et fonça tout droit sur l’ennemi en vidant tous les chargeurs de sa mitraillette. Blessé à plusieurs reprises par des tirs ennemis, il tomba à la renverse dans la tranchée, mais continua néanmoins de faire feu sur les attaquants jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Ses derniers mots furent : « Tenez bon les gars! Ne les laissez pas passer! Il faut les arrêter! » Grièvement blessé aux jambes, aux bras, au cou et à la main gauche par des éclats d’obus, il succomba à ses blessures le lendemain, 9 juin 1918.

Le 27 octobre 1916, il se dirige vers la France et rejoint le 22e Bataillon (canadien-français), cantonné dans le nord-est du pays.

Durant les affrontements à Amiens (France), il est blessé au bras gauche alors qu’il élimine à lui seul deux mitrailleurs. Refusant d’être évacué, il poursuit le combat le 9 août 1918, en dirigeant cette fois deux pelotons lors d’un terrible combat à la baïonnette et à la grenade. Avec l’aide de ses hommes, il capture 15 mitrailleuses et fait 150 prisonniers. Blessé à la tête, il refuse toujours d’être évacué. Le lendemain, pendant qu’il mène une attaque contre un canon qui s’acharne sur son unité, il est grièvement atteint à l’abdomen par des éclats d’obus. Le 10 août, le lieutenant Brillant succombe à ses blessures, à l’âge de 28 ans. Son corps est inhumé au cimetière militaire de Villers-Bretonneux, situé à 15 km à l’est d’Amiens. Pour sa bravoure exceptionnelle et son zèle infatigable dans l’accomplissement de son devoir, il se voit octroyer la Croix de Victoria à titre posthume, la plus haute distinction du Commonwealth.

Ressources supplémentaires

Documentation

Chronologie des Événements – Encyclopédie canadienne
https://encyclopediecanadienne.ca/fr/chronologies_historiques/first-world-war-timeline/

Première Guerre mondiale – Bibliothèque et Archives Canada
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/premiere-guerre-mondiale/Pages/introduction.aspx

Documents audiovisuels

Courte animation de l’ONF de Claude Cloutier : La tranchée, 6 min 55 s.
https://www.onf.ca/film/la_tranchee/

Court documentaire de l’ONF : Entre les lignes – Les tranchées, 9 min 45 s.
https://www.onf.ca/film/entre-les-lignes-les-tranches/

Pour faire vos recherches

Dossiers du Personnel de la Première Guerre mondiale – Gouvernement du Canada
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/premiere-guerre-mondiale/dossiers-personnel/Pages/Recherche.aspx

Les Livres du Souvenir – Anciens Combattants Canada
http://www.veterans.gc.ca/fra/remembrance/memorials/books/search

Registres de circonstances du décès – Première guerre mondiale – Bibliothèque et Archives Canada
https://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/archives-numerisees-grande-echelle/registres-circonstances-deces/Pages/registres-circonstances-deces.aspx#d

Première Guerre mondiale – Bibliothèque et Archives Canada
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/premiere-guerre-mondiale/Pages/introduction.aspx

Commonwealth War Graves Commission (en anglais seulement)
https://www.cwgc.org/

Médailles, honneurs et récompenses militaires, 1812-1969 – Bibliothèque et Archives Canada
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/medailles-militaires-1812-1969/Pages/Recherche.aspx
et
http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-militaire/medailles-militaires-1812-1969/Pages/medailles-honneurs-recompenses.aspx