LA VIE APRÈS

La reddition du Japon

L’armée américaine avance rapidement sur les positions japonaises. En 1945, l’armée japonaise est repoussée jusque dans l’archipel et les Alliés bombardent massivement les villes principales. Le point culminant sera le bombardement des villes d’Hiroshima et de Nagasaki avec la bombe nucléaire, au début du mois d’août. Cette démonstration de force convaincra le Japon de se rendre quelques jours plus tard, le 15 août. La capitulation sera signée officiellement le 2 septembre.

Dès 1944, une multitude de signes pointent, pour les prisonniers, que la guerre tire à sa fin. Dans les camps, plusieurs Canadiens témoignent avoir vu des avions américains, signifiant la proximité de la marine de leurs positions. Au Japon, l’apparence des civils, qui côtoient les prisonniers dans les camps de travail, change aussi alors qu’ils ressemblent à de véritables « fantômes ambulants », selon le soldat William Tuppert.

Les prisonniers sont rapidement prévenus que la guerre est terminée et que leur libération est imminente. Des avions alliés passent régulièrement au-dessus des camps et y laissent des colis d’approvisionnement. Jusqu’en septembre, les Canadiens vont donc vivre dans les camps avec une certaine quiétude en attendant leur retour chez eux.

Après sa libération en septembre 1943, l'infirmière Anna May Waters retourna à Hong Kong pour accueillir les survivants de la Force C (source : Hong Kong Veteran Commemorative Association).

De retour chez soi

Adrien Boissoneault, des Royal Rifles, retrouve son père à son retour au Québec (source : Hong Kong Veteran Commemorative Association).

À partir de septembre, les prisonniers entament le lent chemin du retour. Plusieurs doivent faire de longs séjours à des hôpitaux militaires à Guam, aux Philippines ou à San Francisco avant de rentrer au Canada. Ils arrivent ensuite à Vancouver où ils pourront appeler leur famille pour la première fois. Les vétérans prennent ensuite le train pour retourner chez eux et à chaque gare, ils sont accueillis comme des héros. La majorité aura la chance de passer Noël à la maison, avec leur famille, mais devra ensuite se rapporter à l’armée canadienne pour être hospitalisée davantage : les effets de la famine font encore effet des mois durant.

Une majorité de soldats revient au Canada avec des maladies reliées directement à la famine. Tous les anciens prisonniers souffrent ainsi d’un manque de vitamines et de problèmes de vision à différents degrés. D’autres ont des séquelles physiques à cause d’une blessure de bataille ou de leurs agressions par des gardes. Plusieurs vétérans reviennent aussi avec des séquelles psychologiques qui ne seront jamais diagnostiquées. Chômage, maladies chroniques, dépendance, cécité, espérance de vie écourtée : ce sont là les conséquences de mois de mauvais traitements, de malnutrition et de travaux forcés qui dureront toute une vie.

Les procès

En 1952, en suivant les politiques américaines, le Canada déculpabilise le Japon de toute responsabilité concernant les atrocités commises durant la guerre. En effet, avec la montée du communisme en Asie et la guerre froide devenant une réalité, les États-Unis ont besoin de faire du Japon un allié fiable. Les procès contre les criminels de guerre ont ainsi été régis par la politique, plutôt que par la justice. À Hong Kong, cependant, l’administration coloniale organise 60 procès contre des criminels japonais. Le colonel Esao Tokunaga, responsable de tous les camps à Hong Kong, est arrêté et condamné à mort.

Les réparations

Les vétérans de Hong Kong vont longtemps lutter pour recevoir des réparations pour les conditions de leur incarcération. C’est seulement le 11 décembre 1998 que le gouvernement canadien accepte de dédommager les victimes à titre d’environ 24 000 $. Le 8 décembre 2011, 70 ans après la bataille, le Japon présentera ses excuses officielles aux prisonniers de guerre canadiens, mais n’offrira aucune compensation financière.

Esao Tokunaga était en charge de tous les camps à Hong Kong. Il fut arrêté et condamné à mort (souce : Imperial War Museum).

La mémoire

Des 1 975 Canadiens partis en octobre 1941, environ 550 ne sont jamais revenus à la maison : près de 290 tombent au combat, et autour de 260 décèdent dans les camps de prisonniers. La majorité des soldats morts au combat sont enterrés au cimetière de guerre de Sai Wan, à Hong Kong. 137 autres, la plupart décédés en captivité, sont enterrés au cimetière de guerre du Commonwealth à Yokohama. Il n’existe plus de preuves physiques des combats et la majorité des camps ont été démolis.

Les Canadiens ayant participé à la défense ont été honorés de diverses façons. Plusieurs reçurent des médailles et des distinctions. En 2015, la Chine remet même aux vétérans canadiens une médaille pour souligner leur contribution aux combats. À Ottawa, un mur commémoratif fut érigé en leur mémoire sur lequel sont gravés les noms de tous les membres de la Force C : les 1 973 soldats, les deux infirmières militaires et même le chien Gander. Aujourd’hui, les deux régiments n’existent plus. Cependant, leur mémoire reste toujours vivante.

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