Bien loin du front, des rencontres importantes eurent lieux durant la Seconde Guerre mondiale afin de déterminer sa conduite. Deux de ses rencontres furent organisées dans la ville de Québec : en 1943 et en 1944. Découvrez ce que les chefs alliés ont discuté durant ces conférences !
Il était évidemment très courant que les représentants des pays alliés devaient se rencontrer ensemble durant la Deuxième Guerre mondiale. Aujourd’hui, la conférence de Yalta (du 4 au 11 février 1945) est probablement la plus connue tandis que les chefs Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill et Joseph Stalin s’entendirent sur les démarches finales de la guerre. En total, toutefois, les Alliés se rencontrèrent 31 fois au courant de la guerre pour discuter de leurs stratégies ! De fait, la ville de Québec fut le lieu de deux de ses conférences : en 1943 et en 1944.
La première conférence de Québec : du 17 au 24 août 1943
La première conférence de Québec se tint à La Citadelle et au Château Frontenac et accueillit le président américain Roosevelt et le premier ministre britannique Churchill. Toutefois, pour des raisons de sécurité, la tenue de la conférence fut gardée de façon ultra-secrète et la venue des chefs d’État ne fût pas médiatisée.
Le premier ministre canadien Mackenzie King ne participa pas aux discussions. En effet, la ville de Québec et, plus largement, le Canada, n’agissait qu’en tant qu’hôte pour les deux superpuissances. Churchill suggéra toutefois que King participe aux discussions du fait de la participation militaire du Canada durant le conflit ; rappelons que celui-ci avait déjà contribué substantiellement à Hong Kong, à Dieppe et en Sicile à ce moment de la guerre. La suggestion fut toutefois repoussée par Roosevelt, craignant que cela ouvrirait la porte à d’autres alliés « secondaires » – le Brésil, la Chine ou les autres dominions britanniques, par exemple. Mentionnons aussi que Roosevelt et Churchill étaient généralement suspicieux l’un de l’autre. Peut-être ainsi que le président américain craignait que le Canada aurait appuyé inconditionnellement la Grande-Bretagne s’il était admis aux discussions ? Dans tous les cas, King n’insista pas à y participer, étant très satisfait à jouer le rôle d’hôte et à faire la liaison entre ses alliés.
Cette première conférence à Québec est significative du fait qu’elle fut le moment où le débarquement de Normandie fut officiellement planifié. L’intention de traverser la manche pour l’année 1944 fut déjà établie durant la troisième conférence de Washington, en mai 1943, mais c’est à Québec que le plan fut clarifié pour devenir officiellement l’opération Overlord. Néanmoins, d’autres options furent aussi discutées : un débarquement en Norvège ou une libération complète de l’Europe en passant par l’Italie, par exemple.

À cet effet, rappelons que la libération complète de la Sicile fut officialisée le 17 août – à la première journée de la conférence ! De fait, c’est à Québec qu’il fut décidé de poursuivre les combats sur la péninsule italienne à partir du 3 septembre, afin de sortir le régime de Mussolini de la guerre.
D’autres sujets furent aussi abordés en lien avec la Guerre du Pacifique, mais le plus important à souligner est la stratégie vis-à-vis de la bombe atomique. À ce moment de la guerre, les États-Unis étaient en plein développement de la bombe. À Québec, Roosevelt et Churchill signèrent ainsi un engagement assurant que la bombe ne serait jamais utilisée contre l’un ou l’autre ou sans leur consentement mutuel. L’Accord de Québec assurait aussi une collaboration complète entre les deux pays dans le développement de la bombe. Sans être signataire lui-même, le Canada devint de plus un collaborateur précieux dans le projet tandis qu’il fournit d’importantes ressources, en plus d’accueillir des laboratoires et des lieux de testages.
La mésaventure du soldat Couture
Le sergent-major Émile Couture, du Royal 22e Régiment, était chargé de la logistique durant la conférence. En d’autres termes, il lui était demandé de nettoyer les bureaux après les réunions ! Après la dernière réunion au château Frontenac, le jeune Couture trouva un portfolio en cuir et brodé en or « Churchill-Roosevelt, Quebec Conference, 1943 ». Assumant que le portfolio ne contiendrait que des documents sans importance, le soldat le ramena chez lui comme souvenir. C’est dans sa maison de Lac-Beauport qu’il découvre finalement la nature de sa trouvaille : des documents top secret décrivant tous les détails du débarquement de Normandie. À ce moment, 10 mois avant le débarquement, l’existence d’une telle opération était complètement secrète ! Paniqué, le sergent-major cacha les documents sous son matelas et, le lendemain, les ramena chez son supérieur. Après une longue enquête impliquant les services secrets américains et britanniques, Couture fut lavé de tout soupçon et s’engagea à ne rien dire jusqu’à la fin de la guerre.
L’histoire du soldat Couture est aujourd’hui commémorée au Musée Royal 22e Régiment et plusieurs de ses objets sont conservés dans les collections.

La deuxième conférence de Québec : du 12 au 16 août 1944
Fondamentalement, la deuxième conférence de Québec ne fut pas aussi grandiose que la première en termes de discussion. Ce n’est pas dire qu’elle n’était pas intéressante, toutefois ! Simplement, il était clair au moment de la conférence que l’Allemagne était proche de la défaite : le débarquement de Normandie fut une réussite complète, la libération de l’Italie allait de bon train et l’Armée rouge avait totalement reviré la situation en sa faveur dans l’est. De fait, le gros de la conférence porta sur le plan Morgenthau : le plan d’occupation de l’Allemagne après la guerre.
Conçu par Henry Morgenthau Jr., le Secrétaire au Trésor des États-Unis, le plan avait comme objectif de démilitariser l’Allemagne en démantelant son industrie des armes et ses usines. Le plan avait aussi comme idée de déplacer des millions de travailleurs allemands pour les envoyer aux États-Unis, en Union Soviétique et aux quatre coins des empires britanniques et français comme « réparation ». Si le plan Morgenthau était controversé même au sein de l’administration Roosevelt, il fut néanmoins discuté à Québec avec Churchill – lui-même réticent sur plusieurs points. Le plan fut ultimement remplacé par le plan Marshall quelque temps plus tard. Toutefois, la conférence à Québec, dicta tout de même les grandes lignes de l’occupation de l’Allemagne après la guerre.

Évidemment, les Américains et les Britanniques discutèrent aussi d’autres sujets durant la conférence : la continuation du Lend-Lease act pour la Grande-Bretagne, l’implication de la Royal Navy dans la guerre contre le Japon… et l’utilisation de la bombe atomique sur ce dernier. En effet, la deuxième conférence de Québec agit comme continuation de la première sur ce dossier en particulier, tandis que les deux alliés s’entendirent sur les premières utilisations potentielles de la bombe.


Un rôle pour modeler la guerre
Comme mentionné précédemment, les dirigeants alliés se sont rencontrés plusieurs fois au courant de la guerre et les conférences de Québec n’étaient qu’une occasion parmi tant d’autres. Il est certain, toutefois, qu’elles eurent leurs impacts et que des discussions primordiales se sont données pour déterminer la suite de la guerre ; du débarquement de Normandie jusqu’au développement de la bombe atomique.
Les deux conférences furent tenus de façon top secrète et ce n’est que par après qu’elles furent médiatisées parmi la population générale. De fait, elles sont aujourd’hui des épisodes marquants de la guerre pour la ville de Québec. En tant que ville-hôte, elle peut ainsi se targuer d’avoir accueilli des discussions ayant déterminé le futur du monde.
Article rédigé par Julien Lehoux pour Je Me Souviens.
Sources :
- « Hommage au soldat québécois dont le silence a (peut-être) permis de vaincre Hitler », Radio-Canada.
- « Planifier la victoire », Le Beaver.
- « Quebec Conference », Britannica (in english).

