Femme passionnée et disciplinée, Jennie Carignan est une figure importante des Forces canadiennes. Elle fait carrière au sein de l’armée depuis plus de 40 ans, ce qui l’a mené à être la première femme à diriger des unités de combat pour les Forces canadiennes. Elle porte aujourd’hui le titre de Chef d’État-Major de la Défense, la première femme canadienne à obtenir ce poste.
Née en 1968 dans une famille ouvrière basée à Asbestos (aujourd’hui Val-des Sources) en Estrie, Jennie Carignan n’imaginait peut-être pas qu’elle deviendrait l’une des militaires les plus accomplies des Forces Canadiennes. Très jeune, elle rêvait de faire carrière en danse et son plus grand souhait était de devenir ballerine ! La danse et l’art militaire ne sont toutefois pas si différents l’un de l’autre. En effet, les deux demandent un sens de la discipline, d’ordre et de persévérance incroyable pour pouvoir réussir. À cet effet, Jennie Carignan avait tous les outils nécessaires pour percer.
Les premières années
À la fin de ses études secondaires en 1986, l’appel de défis se fait de plus en plus sentir chez la jeune femme ambitieuse. C’est ce qui la mènera vers une carrière militaire. Elle cherchait ainsi « quelque chose de plus grand qu’elle », s’amuse-t-elle à répéter en entrevue. C’est donc à 17 ans qu’elle part étudier au Collège militaire royal du Canada, à Kingston en Ontario, encouragée par sa famille.
Carignan est l’une des très rares femmes à s’enrôler dans les Forces canadiennes à l’époque. Si celles-ci pouvaient techniquement rejoindre l’armée, certains postes de combat leur étaient interdits jusqu’en 1989. Cela n’empêcha tout de même pas la nouvelle recrue à s’enrôler en tant qu’ingénieure de combat – un rôle qui impliquait de désactiver des mines au front ! Malgré sa détermination, l’entraînement resta difficile pour elle.

« Le principe de l’obéissance à l’ordre est extrêmement important dans l’armée, mais il ne peut s’agir d’une obéissance aveugle…. Elle doit être une réflexion sur ce qui est bien et ce qui est mal. Vous ne pouvez pas exécuter des ordres que vous jugez mauvais. » Jennie Carignan, Forbes, le 5 février 2021.
Cette philosophie, elle l’appliqua durant toute sa carrière. Après son entraînement au collège, Carignan reçoit sa première commission en 1990 à la base de Chilliwack. Dans une entrevue avec la revue Maclean’s, elle raconte avoir été confrontée avec un officier qui entretenait un véritable régime de terreur chez les recrues. Après de multiples incidents sexistes, Carignan le renvoya sur le champ, sans consulter ses supérieurs. Des licenciements de ce genre, elle en fit toute sa carrière. Après tout, une armée bien huilée est une armée qui respecte l’intégrité individuelle de ses membres.
Depuis cette première affectation, sa feuille de route ne fait que prendre de l’ampleur. Et il est probable qu’elle ne se doutait pas à ce moment-là de tout le chemin qu’elle allait parcourir!
Missions à l’étranger
Depuis la Deuxième Guerre mondiale, le Canada participa à de nombreuses missions de paix en tant que membre des Nations Unies et en tant que signataire du traité de l’Atlantique Nord – l’OTAN. Par le fait même, plusieurs de ces missions des dernières années reflètent ainsi la propre carrière de Jennie Carignan ! En effet, au cours de sa carrière, elle participe à de nombreuses missions à l’étranger.
La première mission outre mer de Carignan est en 1993 : dans les plateaux de Golan. Depuis 1974, les casques bleus sont déployés dans la région pour tenter de calmer les tensions entre la Syrie et Israël en offrant une zone tampon entre les deux. Dans cette mission, le rôle des Canadiens déployés est d’assister logistiquement les autres nations qui participent à la mission. Pour Carignan, alors lieutenant depuis deux ans, cette mission dura de juin à décembre 1993 et consistait surtout à commander les ingénieurs de construction là-bas.

À son retour, l’officier Carignan retourna naturellement à ses affectations dans les différentes bases au pays… mais elle jongla aussi les responsabilités familiales et académiques. En effet, jusqu’à sa prochaine mission à l’étranger, la militaire devint mère de famille et retourna aussi sur les bancs d’écoles pour obtenir plusieurs diplômes ! Notons ainsi qu’elle détient une maîtrise en administration des affaires de l’Université Laval, un diplôme en génie des combustibles et des matériaux du Collège militaire royal du Canada, et pour couronner le tout, elle possède une maîtrise en arts et sciences militaires du United States Army Command and General Staff College et de la School of Advanced Military Studies.
Tel que mentionné, jongler les études et la vie de famille n’est pas évident. Ajoutez à cela la carrière de militaire ! En 1995, elle devait participer avec les Casques Bleus au conflit qui a marqué les esprits en Bosnie-Herzégovine, mais sa grossesse l’empêche d’y aller. L’occasion se représente toutefois en 2002, lorsqu’elle est envoyée pour y désactiver des mines laissées par le conflit de 1992-95.

Jusqu’à son poste présent, Carignan fut longtemps impliquée dans les missions canadiennes au Moyen-Orient. Une première mission en Afghanistan, de 2009 à 2010, vient ainsi s’ajouter à ses réalisations. En 2019, elle dirigeait une équipe d’environ 600 militaires, dont 250 Canadiens, en Irak. Il ne s’agissait pas d’une mission de combat mais plutôt un appui afin de renforcer les forces irakiennes dans le but de les outiller pour empêcher un retour du groupe armé État islamique.
Une longue carrière au Canada
Évidemment, Carignan fut surtout très active dans différents dossiers à l’intérieur du pays. En effet, lorsqu’elle n’était pas en mission à l’étranger, la militaire reçue plusieurs affectations importantes. En 2013, elle devint commandante du Collège militaire royal de Saint-Jean – où elle fit elle-même ses premières classes ! En parallèle, elle et d’autres de ses collègues conduisirent plusieurs formations sur l’inconduite sexuelle et l’inclusion des femmes dans l’armée ; ces formations l’amenèrent même en Australie.
L’inclusion et le respect des femmes au sein des forces armées sont des jalons de son approche professionnelle. De fait, Carignan n’abandonna jamais ses principes, même face à l’adversité. En 2021, lorsqu’elle devint Lieutenant-général, elle fut aussi nommée comme Chef, Conduite professionnelle et culture et mise en charge de prévenir les inconduites sexuelles dans les Forces.
« La résolution des conflits est une question multidimensionnelle et complexe et nécessite donc une approche multidisciplinaire avec la contribution d’une équipe diversifiée. D’après mon expérience, une équipe diversifiée est plus tolérante, plus empathique, plus curieuse et, par conséquent, plus créative. » Jennie Carignan sur l’intégration du genre dans les opérations militaires, en novembre 2020.

Un futur rempli
Jennie Carignan est reconnue pour son leadership basé sur la confiance, ce qui fait d’elle une personne hautement respectée. Les années d’efforts de Carignan portèrent fruits le 28 juin 2024 lorsqu’il fut annoncé qu’elle succèderait au Général Wayne Eyre en tant que Chef d’État-Major de la Défense – le poste le plus important des Forces Canadiennes. Considérant le contexte actuel, il y a peu dire que la Générale Carignan a encore beaucoup de défis à relever.
Jennie Carignan est un bel exemple de femme qui est parvenue à se réaliser et se démarquer dans un milieu où rien n’est gagné d’avance. Il s’agit vraiment d’une magnifique source d’inspiration !
Jennie Carignan au CAF Speaker Series de Compagnie Canada !
Le 18 septembre 2025, Compagnie Canada a eu la chance d’accueillir la Générale Jennie Carignan à Toronto, dans le cadre de son CAF Speaker Series. Durant sa présentation, elle parla des défis à défendre le Canada dans le contexte actuel tout en soulignant l’importance des individus, de la préparation et des objectifs. Consultez les photos de l’événement ici !

Article écrit par Emilie Bernier pour Je me souviens. Texte originalement publié le 18 mars 2021. Modifié et enrichi par Julien Lehoux, le 2 avril 2026, pour Je me souviens.
Sources :
- « A groundbreaking moment: Military women reflect on Carignan’s new role as head of the Canadian Armed Forces », Talk Honest (en anglais).
- « Chef d’état-major de la Défense – Biographie », Gouvernement du Canada/Government of Canada.
- « Five Minutes with Chief of Defence Jennie Carignan », Douglas Magazine (en anglais).
- « General Jennie Carignan Assumes Command of Canadian Armed Forces », Canadian Military Family Magazine (en anglais).
- « Jennie Carignan », Université Laval.
- « Jennie Carignan, One of the Most-High Ranking Women in the Canadian Army: ‘Good Strategy Helps Fight Uncertainty », Forbes (en anglais).
- « Major-General Jennie Carignan assumes command of NATO Mission Iraq », Canadian Military Family Magazine (en anglais).
- « Major-General M.A.J. Carignan, OMM, MSM, CD Commanding Officer of NATO Mission Iraq », Fondation Québécoise des Vétérans/Quebec Veterans Foundation (en anglais).
- « Meet the World’s First Female Combat General », Macleans (en anglais).
- « New chief of the defence staff makes history, warns of 5-year timeline to counter Russia, China threats », CTV News (en anglais).
- « Personnalité de la semaine : Jennie Carignan », La Presse.
- « Points de vue : l’expérience du terrain », North Atlantic Treaty Organization.

