Suivant les traces de leur père, les frères Carty se sont tous enrôlés dans l’Aviation royale canadienne durant la Deuxième Guerre mondiale. Surmontant les obstacles de l’époque, les cinq jeunes hommes se sont tous démarqués au sein de l’ARC, propulsant une longue tradition familiale qui perdure encore aujourd’hui !
Adolphus, William, Clyde, Donald et Gerald Carty sont cinq frères, nés à Saint John au Nouveau-Brunswick. Fils d’un vétéran de la Première Guerre mondiale, ils ont le service militaire dans le sang. En effet, leur père, Albert Carty, était membre du 2e Bataillon de construction lors du conflit de 1914-1918.
À l’époque de la Seconde Guerre mondiale, les consignes entourant l’enrôlement militaire limitent la faculté de la population noire d’intégrer l’Aviation Royale du Canada (ARC). En effet, à l’époque, l’ARC dictait que les recrues devaient être « British subjects and of pure European descent ». Un peu moins d’un bannissement complet, cette règle limita drastiquement l’enrôlement des personnes asiatiques, autochtones et noires du Canada. Toutefois, cela n’empêcha pas plusieurs Afro-canadiens de surmonter l’adversité et de servir leur pays.
La fratrie Carty représente ainsi un cas exceptionnel d’inclusion de personnes noires dans l’ARC durant la Deuxième Guerre mondiale. Effectivement, les frères sont non seulement entrés dans l’aviation, mais ils ont tous occupés des rangs différents – et ce, malgré les obstacles sur leur chemin ! Durant la guerre, quatre des cinq frères servirent ainsi sur différentes bases canadiennes et le cinquième fut déployé en Europe.
Adolphus et William, les plus vieux de la fratrie, sont les premiers à s’être enrôlé, en décembre 1939. À ce moment de la guerre, les politiques de discrimination étaient à leurs plus forts et il aurait été normalement impossible pour les deux jeunes hommes de rentrer dans l’aviation. Il semble donc qu’ils tombèrent, par chance, sur un recruteur tolérant qui ignora ses politiques pour une raison ou une autre ! Adolphus devient alors sergent de section et travailla comme mécanicien de cellules d’aéronefs. Quant à William, il monte également en grade pour devenir sergent de section et inspecteur aéronautique.
Leur frère plus jeune, Clyde, rentre aussi dans l’ARC et y sert comme pompier. En mai 1942, Donald suit ses autres frères. Il devient de son côté aviateur 2e classe et magasinier adjoint. Adolphus, William, Clyde et Donald quittent tous l’ARC à la fin de la guerre, en 1945. Après la guerre, Adolphus rentre à l’université pour étudier la théologie et devint prêtre. Quant à Donald, il devint journaliste et travailla longtemps pour Postes Canada.

Gerald Carty, quant à lui, est un des plus jeunes officiers commissionnés de l’ARC à l’âge de 19 ans. Le dernier de son groupe, il rentre dans l’aviation en septembre 1942 en tant que pilote. Reconnu pour ses grands talents, Gerry (de son surnom) est envoyé mainte fois dans des missions dangereuses. Il réussit alors 35 sorties en Europe, mais il est blessé gravement lorsque son bombardier est abattu en France. Le jeune pilote est heureusement sauvé par des membres de la résistance française et est soigné en Angleterre. À la suite de son service, le Capitaine Carty reçoit la Médaille de la défense et la Médaille de la guerre (médaille de la Victoire), ainsi que la Médaille canadienne du volontaire avec agrafe.

Les cinq frères survécurent tous à la guerre. La fin de celle-ci ne signifia pas la fin de l’enrôlement de la fratrie, en revanche ! En effet, les deux frères les plus jeunes, Malcolm et Robert, restés au pays, ont maintenu la tradition familiale en participant avec les cadets de l’air et de l’armée de terre.
Après le conflit, les cinq frères reviennent à la maison en vivant au Nouveau-Brunswick et s’impliquent dans leur collectivité. Gerald devient instructeur pour les cadets de l’air dans la région de Fredericton, en plus d’être membre de nombreuses associations et clubs.
La tradition militaire familiale se poursuit à travers les années alors que plusieurs membres de la famille feront leur service militaire. Encore aujourd’hui, sept membres de la famille Carty servent dans différentes branches des forces armées canadiennes.

Photo de couverture : Gerald Carty pose devant un avion (source : Toronto Star).
Article rédigé par Alexandrine Bleau-Quintal, le 17 février 2022, pour Je Me Souviens. Texte modifié et enrichi par Julien Lehoux, le 21 février 2025, pour Je me souviens.
Sources :
- « A Family Legacy: The Carty Brothers in the RCAF », The Champlain Society (en anglais).
- « Carty, Donald », Black Canadian Veterans Stories.
- « Carty, Gerald », Black Canadian Veterans Stories.
- « Duty and danger: The remarkable story of the Carty family’s commitment to defending Canada », Toronto Star (en anglais).
- « Gerald Douglas Carty (1925-2008) », New Brunswick Black History Society (en anglais).
- « Gerald “Gerry” Carty », Community Stories (en anglais).
- « Les frères Carty », Gouvernement du Canada/Government of Canada.
- « Remembering Gerry Carty », The New Brunswick Anglican (en anglais).
- « The Carty Brothers: The RCAF-A Family Affair », DAIR (en anglais).