En octobre 1941, la Canadian Army Film Unit (CAFU), ou l’Unité de film et de photographie de l’Armée canadienne, est créée à l’initiative du capitaine W. G. Abel et de John Grierson, considéré comme le père du film documentaire au Canada. À cet effet, le CAFU engagea plusieurs photographes afin de documenter la guerre. Parmis eux : la sergente Karen Hermiston, la seule femme de l’unité.
En effet, à l’époque, les photos et films tournés pour l’armée n’étaient pas exhaustifs : les photographes ne filmaient ni les manœuvres ni les champs de bataille, ce qui donnait de très courts extraits filmés, presque inexploitables. L’armée canadienne exprime alors son souhait de disposer de films et photographies de meilleure qualité, notamment en filmant l’utilisation de certaines armes à des fins d’instruction ou pour illustrer la vie dans l’armée. Ces films servaient ainsi à des fins de communication avec les Canadiens pour « soutenir le moral de la population et stimuler le recrutement » ou encore servir d’archives historiques, entre autres choses. Toutefois, on ne pouvait confier cette mission à une entreprise issue du milieu civil, il fallait donc créer une nouvelle unité, la CAFU.


L’objectif de Grierson est que les photographes puissent être rattachés à un régiment et les suivre sur le champ de bataille, ils suivent donc l’entraînement de l’infanterie du Corps expéditionnaire. Lors des combats, ils étaient briefés d’avance, puis allaient se positionner à proximité du champ de bataille équipés d’une caméra Bell & Howell Eyemo 35mm, d’un trépied et de 900 à 3000 pieds de pellicule, ce qui permettait de filmer 30 à 90 minutes. Ils portaient alors les rouleaux de pellicule de la même façon que les autres soldats portaient des munitions !
L’une des productions bien connues de la CAFU est la Canadian Army Newsreel qui était un film d’une dizaine de minutes qui sortait le 15 de chaque mois et présentait aux troupes des nouvelles sur des évènements sportifs, des parades, des commémorations, des entraînements et des actions hors-combat. Lorsque l’Armée canadienne entama formellement sa participation à la guerre, le Canadian Army Newsreel diffusa aussi des images des combats. Regardez en exemple le 23e Canadian Army Newsreel, diffusé en 1943 :


Au début, seuls quatre hommes constituent l’unité, mais rapidement leur nombre va augmenter et intégrera la seule femme photographe de l’Armée canadienne : la sergente Karen Hermiston, surnommée « Hermie ».
Après s’être enrôlée en 1941 dans le Service féminin de l’Armée canadienne (CWAC), Hermie s’est souvent fait dire « qu’il y avait des choses que les filles ne pouvaient pas faire », en vain : elle les faisait quand même.
Lors de son service à l’étranger, Hermie a notamment couvert le rapatriement des victimes à Swindon en Angleterre, est entrée dans des salles d’opération, a photographié des tombes pour la Commonwealth War Graves Commission et a voyagé à travers l’Europe pour documenter les activités de ses consœurs du CWAC. La menue photographe de 5 pi. 2 po. a gagné le respect de ses camarades masculins en plus de remettre en question les stéréotypes de genre.
Quelques photos prises par Karen Hermiston :
Réimprimé ici avec l’autorisation de Valour Canada dans le cadre d’une collaboration entre JMS et Valour Canada. Pour voir d’autres articles comme celui-ci, consultez leur bibliothèque d’histoire militaire (en anglais seulement). Modifié et enrichi par Julie Rose, le 24 novembre 2020, pour Je me souviens.
Pour en savoir plus :
- Lisez l’article original ici.
- Pour en savoir plus sur cette sergente révolutionnaire, consultez « Meet Sgt. Karen Hermeston [sic] » (en anglais).
- Pour en savoir plus sur la CAFU, consultez l’article scientifique « Shooting the War: The Canadian Army Film Unit in the Second World War » (en anglais), par Sarah Klotz, qui travaille pour Bibliothèques et Archives Canada.
- Finalement, consultez aussi le site du Canadian Army Film & Photo Unit pour en savoir plus sur cette unité !




