Le Royal Montreal Regiment : un héritage dans ses murs


Maintenant centenaire, le Royal Montreal Regiment de Westmount est l’une des unités militaires les plus vieilles de la grande région de Montréal. De la Grande Guerre jusqu’à aujourd’hui, les membres du RMR se sont distingués partout à travers le monde et leur histoire est maintenant préservée au sein des murs de leur manège.

Établie fermement au centre de l’île de Montréal, la municipalité de Westmount a toujours été historiquement distincte du reste de la métropole. Par leur héritage, les Westmountais sont très fiers de l’histoire de leur ville et de leur patrimoine. Leur attachement envers le Royal Montreal Regiment (RMR) et son manège en est la preuve. Petit joyau du patrimoine militaire de Montréal, le manège du RMR est confortablement installé au 4625 rue Sainte-Catherine, à proximité du magnifique parc Westmount, depuis plus de cent ans. Depuis sa fondation, le RMR est devenu une présence incontournable dans le panorama de la ville.

De ses soldats jusqu’à son manège, nous vous présentons brièvement l’histoire du régiment et de sa place dans le panorama de Westmount. De sa fondation, en pleine Grande Guerre, le RMR a un héritage militaire aussi fort que ses exploits sur le champ de bataille.

La fondation du régiment et la Grande Guerre

Comme tous les régiments canadiens, le RMR possède une lignée longue et parfois complexe ! En effet, le RMR est le résultat de plusieurs fusions d’unités basées à Montréal, réalisées au fil des années. La situation se complique encore davantage en raison des nombreux changements de noms, de fonctions et de structures d’un conflit à un autre ! Fondamentalement, la création des deux premiers corps du RMR a lieu dans la deuxième moitié de l’année 1914, en réponse directe au déclenchement de la Première Guerre mondiale, survenu quelques mois plus tôt. Sa fondation s’inscrit ainsi dans un contexte où le gouvernement fédéral augmente les effectifs de l’armée afin de répondre aux besoins en soldats pour ce nouveau conflit.

À l’époque, l’île de Montréal détient plusieurs unités de milice pour protéger son territoire d’invasion ennemie. Le Canada étant encore une jeune nation, il était rare que l’une de ses unités soit envoyée outremer. La Grande Guerre change la situation et la fondation du RMR entre dans cette tendance avec la création de deux corps distincts : un corps expéditionnaire et un corps de réserve. Tandis que ce dernier avait comme rôle de protéger la ville d’une potentielle attaque ennemie, le premier fut envoyé en Europe après sa création.

À l’origine, le RMR puisa une partie de ses recrues à partir du Victoria Rifles, un autre régiment montréalais. Sur cette photo, on y voit des membres du Victoria Rifles en plein exercice au campus McGill en août 1914 (source : Musée du Royal Montreal Regiment).

Les deux corps du RMR recrutent leurs membres parmi les jeunes hommes de la région de Westmount et de Montréal. La particularité du nouveau régiment, toutefois, réside dans le fait qu’il est l’une des premières unités officiellement bilingues. En effet, le RMR intègre à l’origine des éléments de deux régiments anglophones (le 1er Régiment du Canadian Grenadier Guards et le 3e Régiment du Victoria Rifles of Canada) ainsi que d’un régiment francophone (le 65e Régiment des Carabiniers Mont-Royal).

En Europe, le RMR passe six mois en entraînement intensif avant d’être envoyé dans les tranchées. Là-bas, il connaît ses premiers combats lors de la bataille d’Ypres, d’avril à mai 1915. Cette première épreuve est, toutefois, particulièrement terrible pour les nouvelles recrues. En effet, c’est à Ypres que l’armée allemande utilise pour la première fois du gaz toxique sur le front de l’Ouest. Cette attaque cause ainsi d’importantes pertes pour l’armée canadienne, avec plus de 5 000 victimes en seulement quelques heures.

Durant une visite en 1919, le colonel Thomas Tremblay visite son ancien quartier général à Courcelette, en France (source : Musée du Royal Montreal Regiment).

Aux pertes terribles à Ypres se suivent des victoires plus éclatantes. Conduite du 9 au 12 avril 1917, la bataille de la crête de Vimy est l’un des épisodes les plus glorieux pour le régiment et pour l’Armée canadienne au complet. Le 9 avril, dans des conditions météorologiques pénibles et sous les tirs sévères de leurs mitrailleuses, les hommes du RMR se lancèrent sur les positions allemandes. Selon leur journal de guerre : « The German’s opposition on the right was particularly severe, both from their riflemen and machine guns, four in number. Many of the enemy […] fought strongly to the last, showing no inclination to surrender ». Avec un support important de l’artillerie, les troupes d’infanterie du régiment réussirent ainsi à capturer leurs positions :

« Two machine gunners were put out of action by the use of Wills’ Grenades, one on our extreme right […] was rendered useless by Lieut. B. F. Davidson shooting the crew, who fought him with bombs, and one gun on the left was charged by Company Sergeant-Major J. F. Hurley, who unassisted bayoneted the crew of three men and captured the gun, saving many casualties to his men. »

Le lendemain, les hommes du RMR ont l’opportunité de se mettre en réserve, concluant la bataille pour eux. Malgré le succès du RMR à Vimy, les pertes restent importantes. Signe des conditions affreuses des combats de la Grande Guerre, les RMR subissent près de 50% de pertes à Vimy avec 98 décès et 176 blessés.

Le RMR passe toute la guerre au front et est mobilisé pour d’importantes batailles jusqu’à la fin. Avec des honneurs de bataille telle que Festubert (1915), le Mont Sorrel (1916), la Somme (1916), Vimy (1917), Passchendaele (1917) et les Flandres (1918), les soldats de Westmount sont parmi les plus présents de toute l’Armée canadienne durant la guerre ! Les pertes, cependant, sont terribles : parmi les 6 270 soldats mobilisés, on estime que près de 75 % sont tués ou blessés durant la guerre ; 1 193 sont tués au front et 3 277 autres sont blessés.

Des soldats prennent la peine de se raser à l’intérieur d’un trou d’obus, quelque part durant la guerre (source : Musée du Royal Montreal Regiment).
Surnommé le « cratère Montréal », ce trou fut provoqué par une équipe de sapeurs de l’armée canadienne à Vimy (source : Musée du Royal Montreal Regiment).

L’arsenal de Westmount

En 1919, avant l’annonce du gouvernement, une association est déjà formée pour rassembler les fonds nécessaires à la construction d’un manège pour le RMR, bien avant que le gouvernement fédéral ne propose un plan dans cette direction ! À l’époque, plusieurs régiments montréalais étaient forcés de s’entraîner dans des parcs publics ou dans le seul manège de la ville – le drill hall sur l’ancienne rue Craig. De fait, il était nécessaire pour les membres du RMR d’avoir leur propre endroit dans leur propre ville.

L’association avait ainsi une bonne longueur d’avance lorsque le gouvernement autorisa la construction du manège de Westmount. En effet, alors que le gouvernement fédéral prend généralement en charge la majorité des coûts de construction, le financement du manège du RMR provint principalement des activités de levée de fonds de l’association. Grâce à son travail, à celui de la municipalité de Westmount et à des donateurs privés, les 180 000$ estimés par les architectes ont ainsi été recueillis en très peu de temps. La municipalité octroie également le terrain au RMR avec un bail de 99 ans pour un loyer symbolique de 1$ par année. Ainsi, en décembre 1925, six mois après le début des travaux, le manège est ouvert.

Le 17 juillet 1925, la construction du manège était à ses débuts et les ouvriers commençaient à mettre les planchers et les premiers murs (source : Musée du Royal Montreal Regiment).
Quelques mois plus tard, la construction du manège était bien avancée ! Prise le 17 septembre, on peut y voir le toit en pleine construction (source : Musée du Royal Montreal Regiment).

Le style esthétique du manège de Westmount est inspiré du courant néo-Tudor, alors particulièrement populaire à l’époque. Bien que moins prononcé que chez d’autres bâtiments militaires montréalais, le manège de Westmount présente néanmoins plusieurs éléments caractéristiques, avec une large porte aux allures presque médiévales et des tourelles qui dominent sa façade avant. L’intérieur du manège est également très spacieux, avec une salle d’entraînement occupant la majeure partie de l’espace. Étalé sur deux étages, le bâtiment abrite ainsi des bureaux, des salles de réunion et des mess d’officiers pour les occasions spéciales.

Pour les soldats du RMR, qu’ils soient vétérans de la Grande Guerre ou de nouvelles recrues, la construction du manège permet avant tout de centraliser leurs activités en un seul lieu. Après tout, la Grande Guerre exposa le besoin d’un régiment bien organisé ! Le manège devient également un lieu de mémoire important pour le régiment, avec une plaque commémorative portant les noms des victimes de la Grande Guerre installée dans la salle principale. L’esprit des disparus accompagne ainsi les nouvelles recrues en tout temps.

Le manège du RMR sert principalement pour l’entraînement des troupes. Ici, des membres du régiment font un exercice de gymnastique particulièrement impressionnant dans le gymnase, le 21 mars 1930 (source : Musée du Royal Montreal Regiment).

Service continues

La nouvelle de la participation du Canada dans la Deuxième Guerre mondiale ne surprend personne et le RMR est effectivement envoyé en Europe en décembre 1939. Le travail de garnison et l’entraînement deviennent rapidement la routine des troupes, qui sont progressivement mutées d’une unité à une autre. C’est seulement le 28 juillet 1944 que le régiment est déployé en France où il rejoint la 1re Armée canadienne. Toutefois, ses premières semaines sont relativement tranquilles, les soldats étant occupés à de petites tâches : patrouille, escortes et mission de reconnaissance.

Le véritable baptême de feu du régiment survient le 17 septembre 1944. À ce moment, le RMR est rattaché au Regina Rifles et reçoit l’ordre de l’accompagner au front aux environs du Cap Gris-Nez, dans le Pas-de-Calais. Cette position, alors tenue par l’armée allemande, est attaquée par le Regina Rifles et 30 soldats du RMR. Pour citer le livre officiel du régiment :

« It would be a satisfaction to state that the attack on [Cap Gris-Nez] on September 17 in which the 30 men of the R.M.R. took part was an immediate and overwhelming success. But the statement would be untrue. Actually, after initial success, the attack was checked by the ferocity of the enemy’s defensive fighting. »

À droite : Prise en Belgique, en Octobre 1944, cette photo montre des soldats en train de se préparer avant de repartir en opération.

Source : Musée du Royal Montreal Regiment.
Un groupe de soldats entièrement équipé est prêt à être transporté à bord d’un camion, quelque part en Grande-Bretagne (source : Musée du Royal Montreal Regiment).

En effet, en raison de sa position surélevée et de ses défenses renforcées, les Allemands n’ont aucune difficulté à stopper l’attaque canadienne. Toutefois, le RMR peut se réconforter sur deux points : malgré la défaite, leurs pertes sont extrêmement basses avec seulement un blessé et leur performance est grandement remarquée par leurs camarades du Regina Rifles. Ayant démontré qu’ils n’ont pas froid aux yeux, le régiment est maintenu au front tout au long de l’opération Undergo (du 22 septembre au 1er octobre 1944), qui vise à libérer les côtes françaises de l’occupation allemande.

Le 5 octobre 1944, en vue de la libération de la Belgique, le RMR est engagé dans ce qui constitue son opération la plus importante de la guerre : la traversée du canal Léopold. La mission est initialement confiée aux Regina Rifles, mais plusieurs soldats du RMR, enthousiastes à l’idée de participer aux combats, demandent à être également inclus à l’opération. Dans la nuit du 5 au 6 octobre, les Canadiens entreprennent la traversée du canal à bord de petits navires de débarquement. Cependant, la défense allemande est farouche. Les mitrailleuses allemandes touchent alors plusieurs bâteaux, infligeant de lourdes pertes aux Canadiens.

Malgré l’adversité, le RMR parvient à atteindre la rive opposée et à maintenir une tête de pont sous des tirs nourris. Le petit groupe est alors fortement affaibli par le manque de munitions et les nombreux blessés. Cependant, ils tiennent leur position jusqu’à l’arrivée des renforts des Regina Rifles. Avec leur soutien, les forces canadiennes réussissent finalement à se regrouper et à mettre en déroute la Wehrmacht. Bien que le RMR continue à combattre dans les jours suivants, au cours de ce qui devient la bataille de l’Escaut, les pertes subies lors de la traversée du canal Léopold sont immenses. Comme le note l’historien Hudson Halcro, rien que le 6 octobre, le RMR subit près de 280 pertes — morts et blessés ! Cependant, cela n’empêche pas le régiment de continuer à se battre jusqu’à la fin de la guerre.

Deux soldats du RMR s’entraînent avec une mitrailleuse légère Bren, en Grande-Bretagne (source : Musée du Royal Montreal Regiment).
Les hommes du RMR ne faisaient pas que s’entraîner durant leur garnison en Grande-Bretagne ! À l’occasion, certains des soldats aidaient les fermiers locaux à s’occuper de leurs champs (source : Musée du Royal Montreal Regiment).

Le musée régimentaire

Après la Deuxième Guerre mondiale, le RMR retourne en tant que régiment de réserve. Si sa participation aux opérations militaires baisse drastiquement depuis le plus grand conflit de l’histoire, ses membres restent tout de même actifs au sein de différentes missions menées par le Canada et l’ONU, avec plusieurs de ses membres envoyés en Afghanistan, par exemple. C’est au fil des guerres mondiales et de ses missions à l’extérieur du Canada que le RMR se bâtit ainsi un fort patrimoine avec de nombreux objets accumulés.

Pour récolter ces objets et les histoires des membres du régiment, ses membres fondent le musée du Royal Montreal Regiment au sein des murs du manège de Westmount, en 1974. L’espace muséal occupe une pièce, mais où chaque recoin regorge d’artefacts de toutes sortes. 

Récemment, le musée du RMR a mis à jour son exposition permanente qui se concentre beaucoup sur l’aspect social de la vie militaire. Par exemple, au côté d’anciens uniformes et d’armes à feu, les vitrines abritent aussi des équipements sportifs et des trouvailles de guerre. À ce niveau, le musée est très proche des vétérans et de leurs familles et reçoit régulièrement de nouvelles donations. De fait, depuis quelques années, plusieurs personnes travaillent sur le récolement de la collection de sorte à bien la documenter et à la rendre disponible pour le public. Le résultat de cet important travail se trouve en partie sur leur site internet avec des dizaines d’objets consultables virtuellement.

Conclusion

Le manège du RMR est un exemple parfait d’un bâtiment qui sert à la fois aux activités militaires du régiment qu’aux activités patrimoniales. Au sein du bâtiment, alors que de nouvelles recrues s’entraînent dans les gymnases, plus de 100 ans d’histoire du régiment sont soigneusement documentés et préservés pour la postérité. Préservé minutieusement par ses membres, le manège abrite toujours un patrimoine fort et étoffé qui représente, pour plusieurs, la mémoire de toutes ces personnes qui ont foulé les rangs du régiment – de la Grande Guerre jusqu’à la mission en Afghanistan.

Depuis sa fondation, le Royal Montreal Regiment fit d’importants sacrifices sur le champ de bataille. Ces contributions se retrouvent aujourd’hui dans ses murs. De par ses objets, ses plaques commémoratives ou ses histoires, le régiment incarne à lui seul un pan entier de l’histoire militaire de Westmount et, plus globalement, de Montréal.

Article rédigé par Julien Lehoux pour Je Me Souviens.

Sources :

En complément, les livres officiels du régiment (quoique plutôt vieux !) offrent des informations très importantes sur l’histoire du RMR :

En 2025, le Royal Montreal Regiment a aussi publié une version mise à jour de son livre régimentaire : Glory Never Dies, disponible à l’achat en ligne ! Finalement, on vous invite à consulter le site du Royal Montreal Regiment Museum.